Wen Wei Dance : le mouvement comme langage universel | Article | Voir

Publié le 8 mars 2019 par Laurence Bégin

DSC_1822_by Chris Randle - Alex Tam, Arash Khakpour, Andrew Haydock, Ralph Escamillan, Tyler Layton-Olson

Le chorégraphe vancouvérois d’origine chinoise Wen Wei Wang débarque à Québec et à Montréal pour présenter Dialogue, son spectacle le plus personnel à ce jour et abordant les fossés communicationnels qui surviennent quand on ne s’exprime pas dans notre langue maternelle.

Lorsque les mots ne suffisent plus, le corps s’avère notre meilleur allié – quiconque ayant voyagé sans connaître les rudiments de la langue locale le reconnaîtra sans peine. Le chorégraphe d’origine chinoise Wen Wei Wang, arrivé au Canada en 1991 en tant que danseur professionnel, s’est servi de son propre vécu comme point de départ pour ce spectacle où la danse incarne le message mieux qu’aucun autre médium.

«La danse est un langage. Quand je suis arrivé au Canada, je connaissais peu l’anglais, mais j’ai pu travailler grâce à ma connaissance du mouvement – et c’est ce qui m’a permis de faire ma vie ici», raconte le chorégraphe dans un anglais chantant lors de notre entretien téléphonique. «On peut communiquer simplement par la gestuelle du corps, par des regards. C’est l’idée de la pièce.»

Célébrer la diversité

Dans la métropole de Vancouver qu’il a faite sienne depuis presque 30 ans, pas une journée ne passe sans que Wen Wei Wang ne ressente sa différence d’origine dans les yeux des passants. Il faut dire qu’un certain racisme envers les Chinois s’est incrusté dans la ville, certains les estimant responsables de la flambée du prix des logements des récentes années.

Le chorégraphe a donc choisi de mettre en scène cinq interprètes rassemblant autant de nationalités, de langues maternelles et d’orientations sexuelles. Dialogue témoigne ainsi de la très longue quête de son créateur à s’accepter – l’homosexualité étant un tabou très fort dans sa Chine natale – et se veut autant une réappropriation qu’une célébration de tout ce qui contribue à l’unicité de chaque être.

«Je crois qu’en voyant le spectacle, tout le monde peut se reconnaître d’une façon ou d’une autre. Que vous parliez une langue ou une autre, que vous soyez hétéro, gai ou bisexuel, racisé ou blanc, nous avons tous nos problèmes», résume-t-il. Attention toutefois de n’y voir qu’une transposition biographique: «La pièce n’est pas à propos de la vie d’une personne, mais des cinq danseurs sur scène. Ils portent tous leur histoire. C’est un partage de nos vies, tout en montrant l’individualité de chacune de ces cultures.»

À chacun sa place sous le soleil

Le spectacle est construit autour de solos, auxquels se greffent des duos et d’impressionnants enchaînements de groupe. «Je voulais saisir l’essence de chacun des interprètes, autant par le corps que par le langage. De toute ma carrière, Dialogue est vraiment différent: la performance est le noyau», souligne avec enthousiasme Wen Wei Wang. «On peut ressentir la vie des interprètes sur scène: ils ne font pas que danser sur le rythme et suivre les pas – leurs mouvements parlent, vous pouvez saisir leur personnalité.»

Pour ce faire, le chorégraphe s’est basé sur l’un des éléments les plus communs et intimes de l’identité, révélateur au possible du bagage culturel de chacun: la nourriture. Il a demandé à chacun des danseurs d’imiter les mouvements que faisait leur mère avec ses mains lorsqu’elle cuisinait. Peu de traces de cet exercice subsistent dans le spectacle, mais il n’en demeure pas moins que la démarche a infusé toute la création.

Les duos ont également été bâtis de manière très organique, selon la chimie qui se développait naturellement entre les danseurs pendant le processus. Pour les scènes de groupe, le chorégraphe a été marqué par les récits d’intimidation qu’a vécus son danseur d’origine iranienne pendant son enfance, se faisant traiter de terroriste à maintes reprises, l’insulte étant systématiquement accompagnée d’une invitation à «retourner dans son pays». La mise en scène du spectacle permet au danseur de se réapproprier ces événements et d’en changer l’issue, après avoir mis en scène des moments de confrontation.

«Le monde dans lequel nous vivons n’est pas toujours beau, et c’est pourquoi nous avons autant besoin de communiquer et d’apprendre des différences de culture», estime Wen Wei Wang, dont le spectacle se veut un plaidoyer pour accepter et aimer ces différences. «Bien sûr, la danse n’est pas comme un livre, avec une histoire bien définie. Ça reste de l’art contemporain, et on doit faire la paix avec le fait que tous puissent avoir leur propre interprétation.»

Parallèlement à cette œuvre entièrement masculine, présentée pour la première fois à Vancouver en 2017 et qui continue de voyager, Wen Wei Wang termine ces jours-ci Ying Yun, un spectacle à thématique féminine et dont la distribution est composée uniquement de femmes, conçu en hommage à sa mère, décédée d’un cancer il y a quatre ans.

En attendant que cet autre spectacle nous parvienne, il rêve d’une société où les mots ne seront plus nécessaires pour se comprendre. L’invitation au Dialogue est lancée.

Lire l’article complet de Maryse Boyce, dans le Voir, le 7 mars 2019.

Photo : Chris Randle

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