Chroniques du Regard 2018-2019 | 11 – Lifeguard

Publié le 15 avril 2019 par Mario Veillette

Lifeguard de Benoît Lachambre

Pour trois soirs, à la Maison pour la danse, le chorégraphe et danseur Benoît Lachambre propose aux spectateurs une expérience immersive tout à fait ludique. En solo parmi le public, l’interprète offre son corps et son intériorité aux suggestions des participants. Les spectateurs-participants, répartis librement dans l’espace, peuvent influencer la performance par leurs gestes, leurs placements dans l’espace et même par leurs manipulations physiques du danseur. Celui-ci intègre dans son expérience ces impulsions venues de l’externe et les accorde à son cheminement pour en faire une danse tout au long de la performance. Une expérience artistique et humaine incontournable.

BenoitLachambre_Lifeguard_Par B.L.eux©Fabbrica Europa2018_2

 

Lifeguard, c’est pour vous si vous aimez les expériences inédites.

Lifeguard, c’est pour vous si vous aimez les spectacles participatifs.

Lifeguard, c’est pour vous si avez aimé Infinity Doughnut présenté par La Rotonde en 2018 et Prismes, présenté en 2015.

 

Lifeguard:BenoitLachambre_Lifeguard_Par B.L.eux©Fabbrica Europa2018

Le spectacle

D’une durée de deux heures, le spectacle-performance est une expérience humaine hors-normes sur le contact, la résonance et le ressenti. En dialogue avec le public, le danseur travaille en ouverture et en pleine confiance envers les gens qui l’entourent. Dans « un rituel contemporain où le performeur se met à l’écoute du monde » (source :  Véronique Hudon, Esse), il invite les gens à participer activement à l’événement unique créé par cette microsociété.

Plaçant le public tout autour de lui, dans une lumière franche de laquelle ils ne peuvent se sauver, il se met à la merci de l’ambiance et de l’expérience collective. « Ce qui l’intéresse est d’être chorégraphié par notre simple présence dans l’espace, de s’imprégner de l’énergie que nous ferons circuler dans le studio et, ultimement, être activé par nos touchers volontaires et bienveillants. » Source :  Mélanie Carpentier, Le Devoir

Dans un espace aménagé, Benoît Lachambre accueille les spectateurs par petits groupes. L’entrée du public se fait en trois vagues. Progressivement, le chorégraphe met en place le processus de création en jeu pour Lifeguard. Les paramètres sont simples mais inhabituels dans les spectacles de danse : le public restera à vue tout au long de la performance; il n’y a pas de place désignée pour chacun et les impulsons du public sont bienvenues et même encouragées.

Sur le site de la compagnie, on dit que Lachambre crée autour de lui « une architecture sensorielle, faite d’ondes vivantes, immuables et vibrantes. » Différente à chaque fois et mouvante pendant la performance, cette architecture dépasse le rationnel. Ses éléments résonnent dans le corps du danseur et dans l’organisation spatiale des membres du public.

Cette dynamique relationnelle basée sur l’authenticité et la vulnérabilité est l’essence même de la chorégraphie. Tous y participent et en permettent l’évolution. Ouvert et généreux, le performeur reste empathique au vécu du public. L’expérience est du domaine du ressenti, de l’intuitif. Le mouvement devient danse et se dirige vers un abandon progressif de la volonté, vers une transe subtile. Toujours selon le site de la compagnie : « Lifeguard questionne notre instinct et place le spectateur dans une situation de résonnance dans laquelle la représentation de l’immuable et du spectaculaire est revisitée. »

Créé à Paris en 2016, Lifeguard a ensuite été présenté au Festival ImPulsTanz (Vienne) et au Brésil. En 2017, il était présenté au FTA (Montréal) et à la Biennale de Venise. Une tournée en Europe (2018) a précédé les représentations actuelles au Québec.

Il est à noter que le spectacle Lifeguard a une certaine parenté avec Infinity Doughnut de Katie Ward, présenté par La Rotonde l’an dernier. Parenté par le placement des spectateurs au même niveau que les interprètes, par la liberté de déplacement offerte au public et par l’éclairage aussi présent sur les spectateurs que sur les danseurs.

©Karolina Miernik001

Le chorégraphe-interprète

Benoît Lachambre, chorégraphe, interprète, performeur et enseignant, n’est pas inconnu aux spectateurs de Québec. Il entre autres chorégraphié Prismes, une pièce ayant reçu du CALQ le prix de la meilleure œuvre chorégraphique et présentée ici en 2015. De plus, plusieurs interprètes de Québec ont pu profiter de son enseignement dans des stage offerts par l’Artère, organisme local de soutien, développement et perfectionnement en danse contemporaine. Les ateliers de formation qu’il offre ici comme à l’internationale font de lui un enseignant reconnu et apprécié.

Actif sur scène depuis les années 1970 (il débute chez Les Ballets Jazz de Montréal et Toronto Dance Theatre), on le voit ensuite dans toutes sortes de projets incluant la compagnie Marie Chouinard, une chorégraphie pour Louise Lecavalier et de nombreuses collaborations avec des artistes de la danse ou du monde de la performance. Récipiendaire de nombreux prix (Bessie en 2006, Grand Prix de la danse de Montréal en 2013, Prix CALQ de la meilleure œuvre chorégraphique 2014), il est un habitué des grands festivals internationaux.

BenoitLachambre_Lifeguard_IlMaggiore_CrossFestival2018_©RosySinicropi

La compagnie

La compagnie fondée par Benoît Lachambre en 1996 est nommée Par B.L.eux (nom formé de ses initiales et du mot « eux », pour les artistes créateurs avec lesquels il s’associe). Elle est une compagnie de création contemporaine qui cherche à redéfinir les notions et définitions de la danse, misant sur de nombreuses collaborations artistiques et échanges interdisciplinaires.

Dans ce lieu de recherches et d’applications philosophiques sur l’authenticité du geste, sur le mouvement, la danse et la performance, Benoît Lachambre fait une belle part aux différentes pratiques somatique, un courant de pensée reliant de manière intrinsèque et insécable le corps et l’esprit, tel qu’expliqué dans une courte entrevue retrouvée sur le site de Circuit Est.

Depuis 1996, on retrouve au corpus de Par B.L.eux 18 créations qui ont été présentée en Amérique, en Asie et surtout en Europe, pour un total de plus de 500 représentations. On retrouve aussi au moins 25 commandes chorégraphiques et plus de de 150 ateliers offerts à l’international dans de nombreux cadres. Sa dernière création, Fluid Grounds, est présentement en diffusion internationale.

©Karolina Miernik003

Les collaborateurs

Regard extérieur : Anouk Thériault, George Stamos, Valérie Lanciaux

Direction technique : Samuel Thériault, Olivier Chopinet

Costumes : Benoît Lachambre, Valérie Lanciaux, Alexandra Bertaut

Création musicale : Tomas Furey

 

Les critiques

« Benoît Lachambre propose aux spectateurs une expérience forte et sensible. Lifeguard n’est pas un spectacle, mais un rituel contemporain où le performeur se met à l’écoute du monde. » Véronique Hudon, Esse.

« Le performeur, reconnu pour une approche de la danse profondément nourrie par des processus somatiques, nous encourage à le toucher. Pression attentionnée mais insistante ou caresse furtive, exercée la paume ouverte ou du bout des doigts, chaque contact ouvre des chemins à parcourir ensemble – chemins pour aller vers l’autre, faire tomber les barrières, quitter sa position distanciée, chemins aussi à l’intérieur du corps à fleur de peau, qui se met à résonner et amplifie l’intention de chaque toucher. » Smaranda Olcèse-Trifan, À bras le corps.

« C’est une soirée chargée en émotions que nous propose Benoît Lachambre avec son solo, Lifeguard. Soudainement coupés de notre réalité, la performance nous plonge dans un espace-temps hypersensoriel : à explorer, à apprivoiser et à vivre dans la bonne humeur et le lâcher prise… De plus, toutes les explorations sont assez longues pour absorber pleinement le spectateur et lui permettre de s’oublier dans ses sensations. Si on ne résiste pas, l’expérience peut être, bien qu’intimidante pour certains, un vrai moment d’abandon et de découverte. Un temps dans lequel il est agréable de se laisser porter, loin de l’effervescence du quotidien qui enferme nos esprits et nos sensations dans une routine individualiste et opprimante.   » Melanie Boisliveau, dfdanse.

« Ce solo s’impose comme une vraie curiosité dans la culture des arts performatifs… Vis à vis de ses enjeux, le concept est époustouflant de réussite. » Margot Baffet,  www.maculture.fr.

©Alicia Sudre001

Les liens externes

Un extrait vidéo de Lifeguard (02:50).

L’approche chorégraphique de Benoît Lachambre (04:04)

En aparté avec Benoît Lachambre (04:45), par Circuit-Est centre chorégraphique. Extraits de la discussion avec Benoît Lachambre, son parcours professionnel et son approche pédagogique en danse contemporaine.

Deux sites de photos de Lifeguard : ici prises à Paris et ici à la Biennale de Venise.

La compagnie est sur Facebook, Instagram et Vimeo.  La page Wikipedia est ici.

 

Photos : Fabbrica Europa 2018,Rosy Sinicropi, Karolina Miernik (Festival ImPulsTanz 2016), Alicia Sudre.

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